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«Prisons sans barreaux»: plongée dans l’hypersensibilité environnementale ( film canadien )

Par 8 février 2020février 22nd, 2020Sans commentaires

https://www.ledevoir.com/culture/cinema/572290/isabelle-hayeur-et-nicole-giguere-signent-un-documentaire-sur-l-hypersensibilite-environnementale

Isabelle Hayeur est assise dans un café du centre-ville de Montréal, un masque sur la bouche. Non, elle ne craint pas le coronavirus. Elle est plutôt hypersensible à la multitude de produits chimiques qui circulent dans l’air des maisons autres que la sienne.

Isabelle Hayeur est à la fois la réalisatrice et une protagoniste principale du film Prisons sans barreaux, sur l’hypersensibilité environnementale aux produits chimiques et aux ondes électromagnétiques qui nous assiègent.

Le cas d’Isabelle Hayeur semble extrême. Il y a quatre ans, elle a développé une hypersensibilité aux diffuseurs de parfum qu’utilisait intensément sa voisine. Loin de se résorber, son hypersensibilité a pris des proportions alarmantes. Dans la maison qu’elle s’est construite à la campagne, elle ne laisse entrer personne qui n’accepte pas de prendre une douche et de porter des vêtements qu’elle a laissé aérer sur une corde à l’air libre pendant un an.

Si excessif qu’il paraisse, le cas d’Isabelle Hayeur n’est pourtant pas isolé. L’écotoxicologue Lise Parent, qui est aussi interrogée dans le film, en a croisé plusieurs dans le cadre de ses recherches. « Lorsqu’on allait rencontrer des gens, il fallait faire très attention de n’utiliser que des savons ou des shampoings sans parfum. J’ai vu des gens qui voyaient des plaques apparaître sur leur peau », raconte-t-elle en entrevue.

Une femme que Lise Parent interrogeait lui a dit qu’elle avait senti une brûlure partant du pied et montant dans le corps, simplement parce qu’un homme sentant fort la crème après-rasage était passé près d’eux. « J’ai déjà vu quelqu’un qui avait entièrement tapissé sa maison de papier aluminium pour s’isoler, et qui vivait sous oxygène. C’est très souffrant », dit-elle.

Or, lorsque le stresseur est éliminé, les symptômes disparaissent également, a-t-elle constaté. Certaines personnes ressentent beaucoup de fatigue lorsqu’elles sont exposées aux ondes électromagnétiques par exemple, et sont reposées lorsqu’il n’y en a pas.

Le film Prisons sans barreaux, qu’Isabelle Hayeur a coréalisé avec Nicole Giguère, ne s’intéresse en effet pas qu’aux personnes hypersensibles aux produits chimiques. Il suit également des personnes souffrant également d’une extrême sensibilité aux ondes électromagnétiques dont nous sommes constamment bombardés. L’une d’elles est contrainte de vivre dans une roulotte ou en camping pour se tenir loin des ondes liées au wifi. Une autre a blindé sa maison contre les ondes. Et bien qu’elle vive à la campagne, elle porte un chandail isolant, une tuque et des lunettes qui coupent les ondes sitôt qu’elle doit sortir. Un autre enfin retrouve le sommeil et la santé après avoir limité l’accès aux ondes dans sa maison, notamment en utilisant des téléphones câblés.

Une maladie mal reconnue

À ce sujet, le scientifique Paul Héroux, de l’Université McGill, qui est également interviewé dans le film, est clair. Une multitude d’études, dit-il, concluent que les ondes électromagnétiques, émises notamment par les cellulaires, peuvent avoir un effet néfaste pour la santé. Mais devant la force des lobbies de l’industrie, les politiques abdiquent, semble-t-il.

L’hypersensibilité environnementale n’est pas reconnue comme une maladie par le Collège des médecins du Québec, poursuit Lise Parent, ce qui rend son traitement difficile. Elle précise cependant que cette pathologie est reconnue comme étant un handicap, en vertu des Chartes des droits de la personne du Québec et du Canada. « Dans d’autres provinces, on va faire des traitements forts en vitamines par exemple, ou avec du charbon activé », dit-elle. Au Québec, les personnes atteintes doivent se replier sur des habitudes de vie les plus saines possible : manger beaucoup de fruits et légumes biologiques, faire de l’exercice, se coucher tôt. Leur maladie les confine souvent à l’isolement.